Sensibilisation aux troubles du spectre autistique : l’entretien du docteur Amarie

À l’occasion d’une intervention de sensibilisation dédiée aux troubles du spectre autistique (TSA) ouverte à tous, l’EPE Lorraine a accueilli le Docteur Amarie, médecin psychiatre, afin d’apporter des repères pour mieux comprendre les TSA.

Nous en avons profité pour lui poser quelques questions !

Pouvez-vous vous présenter ?

« Je m’appelle Madalina Amarie et je suis médecin psychiatre au centre ressources autisme de Lorraine. 

Ma mission principale dans ce cadre est le diagnostic des troubles du spectre de l’autisme, les TSA. »

Comment définiriez-vous les troubles du spectre autistique (TSA) ?

Les troubles du spectre de l’autisme sont des troubles du neurodéveloppement. Cela signifie que le cerveau fonctionne différemment dès la naissance. 

Ils se manifestent principalement par des difficultés dans la communication et les interactions sociales ainsi que par des intérêts spécifiques, un besoin de routine et des particularités sensorielles. 

On parle aujourd’hui de spectre parce que l’autisme est très variable d’une personne à l’autre. Certains enfants parlent beaucoup, d’autres peu. Certains ont besoin d’un accompagnement important, d’autres sont plus autonomes. Il est important de repérer ces troubles le plus tôt possible pour pouvoir intervenir dans les meilleurs délais.

Quels sont les principaux signes que les parents ou les professionnels de la petite enfance peuvent repérer ?

Pour les parents et les professionnels de la petite enfance, des signes précoces peuvent se présenter et il est préférable de ne pas les banaliser même s’ils sont discrets ou peu spécifiques. Par exemple, un bébé ou un petit enfant qui regarde peu, qui répond peu à son prénom, qui ne pointe pas du doigt pour montrer quelque chose ou qui ne cherche pas spontanément à partager son intérêt avec l’adulte. On peut aussi observer un retard au langage ou un langage qui se développe de façon particulière.

Il peut y avoir également des comportements ou des jeux répétitifs, un besoin important de routine ou des réactions sensorielles très fortes, par exemple face au bruit ou à certaines textures. On peut également citer des crises de colère face aux changements et aux imprévus. 

Comment explique-t-on que les TSA soient de plus en plus évoqués ?

Ce qui est important, c’est que lorsqu’un parent sent que son enfant se développe différemment, il faut prendre cette inquiétude au sérieux et en parler. Si on entend davantage parler des troubles du spectre de l’autisme aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il y aurait une épidémie de TSA.

C’est surtout parce que les connaissances ont beaucoup progressé, les critères diagnostiques ont évolué, les professionnels sont mieux formés et on repère mieux les profils qui passaient inaperçus auparavant. Il y a aussi la parole qui se libère, les familles et les personnes concernées témoignent davantage. 

Pour les parents d’enfants porteurs de TSA, quels sont les défis psychologiques et pratiques les plus fréquents ?

Pour les parents, le premier défi est souvent l’incertitude, comprendre ce qui se passe, faire face aux démarches, parfois attendre un diagnostic. Cela peut être source d’inquiétude et de fatigue. Ensuite, il y a le quotidien. Gérer les particularités sensorielles, les crises, les difficultés à l’école, le regard des autres, cela demande beaucoup d’énergie et d’adaptation permanente.

Psychologiquement, les parents peuvent aussi se sentir seuls, coupables ou épuisés à force d’anticiper et de défendre les besoins de leur enfant. Ce sont des familles qui se retrouvent souvent isolées. 

Quels soutiens ou ressources peuvent aider les familles à ne pas s’épuiser ?

Ce qui aide vraiment, c’est d’abord d’être entouré, avoir des professionnels qui expliquent clairement, qui coordonnent, qui soutiennent sans juger.

Les groupes de parole entre parents peuvent aussi être très précieux. Et puis, il est essentiel que les parents puissent préserver des temps pour eux, accepter qu’ils ne peuvent pas tout porter seuls. 

Quelles actions prioritaires devraient être mises en place par les institutions, les écoles et les services de santé pour mieux accompagner le handicap lié à l’autisme et soutenir la parentalité au quotidien ?

La priorité, c’est d’abord la formation. Les professionnels de la petite enfance, de l’école et de la santé doivent être formés de manière concrète aux spécificités de l’autisme. Beaucoup de difficultés viennent d’un manque de compréhension du fonctionnement de l’enfant et des mesures d’accompagnement inadaptées. Ensuite, il faut favoriser la coordination.

Les familles s’épuisent souvent à faire le lien entre les différents interlocuteurs. Quand les services communiquent entre eux, cela soulage énormément les parents. À l’école, l’enjeu est l’adaptation.

Ajuster l’environnement, les consignes, le rythme, plutôt que de demander à l’enfant de rentrer dans le moule. L’inclusion ne doit pas être seulement théorique, mais réellement accompagnée. Du côté des services de santé, il est essentiel de proposer un repérage précoce et des prises en charge lisibles pour les familles.

En quoi les EPE sont-elles légitimes pour mettre en place des actions autour du thème « handicap et parentalité » ?

Quant aux Ecoles des parents et des éducateurs, elles sont pleinement légitimes pour proposer des actions autour du thème handicap et parentalité. Elles constituent des espaces neutres, accessibles, où l’on peut informer, soutenir et surtout déculpabiliser. Elles permettent de créer du lien entre parents, de partager des expériences et d’apporter des repères pires. Dans le champ du handicap et de l’autisme, cette fonction de soutien et de médiation est fondamentale.

Qu’est-ce qu’un assistant familial ?

Le métier d’assistant familial est une profession réglementée (Code de l’action sociale et des familles) de l’accueil éducatif et d’hébergement d’enfants confiés.

Plus concrètement, il est employé par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) ou une association habilitée, par le biais d’un contrat spécifique appelé contrat d’accueil.

Il a vocation à accueillir à son domicile, de façon permanente ou temporaire, un ou plusieurs enfants, adolescents ou jeunes adultes confiés par décision administrative ou judiciaire (situation familiale difficile, troubles éducatifs ou sociaux, etc…).

Sa mission est de participer à la protection de l’enfance en apportant un cadre éducatif, affectif et matériel aux enfants accueillis. En collaboration avec les professionnel·le·s de la protection de l’enfance, l’assistant familial doit veiller à offrir un cadre de vie sécurisant et chaleureux à l’enfant hébergé, répondre à ses besoins fondamentaux et à contribuer à son éducation. Il s’assure également de son bien-être ainsi que de son développement, tout en l’aidant à préparer son retour au sein de sa famille d’origine ou à tout autre projet de vie.

Plus de 50 000 enfants confiés à des assistants familiaux en France.

Les assistants familiaux représentent près de la moitié des modes de placement en protection de l’enfance.

Veiller aux droits de l’enfant : un rôle essentiel des assistants familiaux

Les assistants familiaux font face à des situations éducatives et émotionnelles complexes, liées à l’accueil d’enfants parfois fragilisés. Au-delà de leur rôle d’accueil et d’accompagnement éducatif, ils ont également pour responsabilité de veiller au respect des droits fondamentaux de l’enfant au quotidien.

Face à ces défis journaliers, offrir un cadre sécurisant aux enfants qui leur sont confiés implique, pour ces professionnel·le·s, de bien connaître et de comprendre ces droits essentiels.

Les droits de l’enfant : comprendre pour mieux accompagner

Les droits de l’enfant sont devenus au fil du temps un enjeu sociétal majeur marqué, plus particulièrement, par une succession de textes nationaux et internationaux.

La prise en compte du caractère impératif de l’intérêt supérieur de l’enfant posé par ces textes nécessite une bonne compréhension du sens des droits de l’enfant et ce, notamment par les professionnel·le·s qui l’entourent.

L’analyse du contenu de ces droits fondamentaux et la connaissance de leurs effets permettent ainsi d’assurer un meilleur respect et une meilleure effectivité de la mise en œuvre de ces droits dans la vie quotidienne de l’enfant.

Dans cette perspective, la Maison des droits De l’Enfant et des Jeunes (MDEJ), portée par l’EPE Lorraine, s’est mobilisée en faveur des assistants familiaux à travers un programme de sensibilisation.

L’EPE et la MDEJ aux côtés des assistants familiaux

Tout au long du mois de juin, des actions de sensibilisation destinées aux assistants familiaux ont été menées avec pour objectif de renforcer la compréhension des principes essentiels qui garantissent la protection des droits de l’enfant.

Elles visaient notamment à :

Organisées en 4 sessions de 2 heures, ces séances interactives ont permis de réunir, au total, 45 personnes sur les 4 territoires concernés (Château-Salins, Sarrebourg, Saint-Avold et Yutz).

Animées par Meryem KARTAL, coordinatrice au sein de la MDEJ, ces interventions ont été de nature à favoriser les échanges et le partage d’expériences en mêlant apports théoriques et discussions autour des pratiques professionnelles.

L’étude de cas pratiques a permis d’illustrer les défis que peut rencontrer un enfant dans sa vie quotidienne.

Au programme, les participants ont pu revoir le cadre légal régissant les droits de l’enfant (avec la convention internationale des droits de l’enfant) ainsi que certains principaux droits comme le droit à l’éducation, le droit à la santé et aux soins, le droit à la protection contre toutes les formes de violences, la non-discrimination, le droit à une justice adaptée, le droit de s’exprimer et de participer ou encore le droit à la vie privée.

👉 Si vous aussi vous êtes intéressés par nos actions collectives, n’hésitez pas à nous contacter !

MDEJ – Maison des droits de l’Enfant et des Jeunes

Contactez-nous :
📞 : 07 56 36 89 99
📧 : mdej@epe-lorraine.fr