Soutenir les parents autrement : reconnaître les savoirs vécus et sortir des modèles normatifs

Dans le cadre de la publication du dernier rapport d’activité de la Maison des parents de Metz, Sarah Hatuna, psychologue et responsable du pôle de soutien à la parentalité et à la famille au sein de l’EPE Lorraine, a partagé sa réflexion sur l’importance et la nécessité de la rencontre ainsi que de l’échange entre parents.

Accompagner les parents au plus près de leurs réalités

Dans notre société actuelle, nous faisons le constat de discours et de théories de plus en plus normatifs autour de la parentalité. Souvent issus de modèles occidentaux, psychologisants ou scientifiques, ces approches sont parfois présentées comme des vérités universelles. Elles sont relayées par des programmes, des ouvrages, les médias et, plus encore aujourd’hui, par les réseaux sociaux.

Ces idéaux de la « bonne parentalité » viennent pourtant se confronter aux réalités économiques, sociales et psychologiques vécues par les familles dans toute leur complexité et leur singularité. Entre les recommandations théoriques et les possibilités concrètes d’application, l’écart peut être important.

Ce décalage n’est pas sans conséquence. Il peut générer chez les parents de la culpabilité, de la frustration, un sentiment d’échec ou encore l’impression de ne jamais être « à la hauteur ». Dans ce contexte, il apparaît essentiel de changer de regard sur l’accompagnement à la parentalité.

Sarah Hatuna

Psychologue et responsable du pôle de soutien à la parentalité et à la famille à l’EPE Lorraine

Cela suppose de passer d’un modèle prescriptif à une approche davantage située et contextualisée. Autrement dit, considérer les parents non comme des « élèves de la parentalité », mais comme de véritables partenaires. Cela implique également d’adapter les discours professionnels aux réalités des familles, de valoriser les petits pas, de proposer des outils simples et accessibles, et d’adopter une posture réflexive dans les pratiques d’accompagnement.

Il s’agit aussi de sortir d’une logique de perfection pour reconnaître l’importance d’une parentalité « suffisamment bonne », attentive aux besoins des enfants tout en tenant compte des ressources, des contraintes et des parcours de chacun.

En matière de soutien à la parentalité, nous rappelons que l’expérience de la rencontre reste essentielle. La rencontre permet en effet de transformer nos représentations de nous-mêmes et des autres. Elle soutient la créativité, favorise l’émergence des singularités et participe pleinement à notre humanisation.

Au sein de la Maison des parents de Metz, les savoirs expérientiels occupent une place centrale. Ils se construisent dans une dynamique horizontale, fondée sur la reconnaissance mutuelle entre parents. Souvent peu formalisés, ces savoirs n’en sont pas moins précieux : ils sont incarnés, contextualisés et directement issus de l’expérience vécue.

C’est dans cette perspective que s’inscrit la paire-aidance. Cette démarche d’entraide et de soutien repose sur le partage d’une expérience commune, ici celle de la parentalité. Un parent peut ainsi mobiliser son vécu, ses épreuves et ses apprentissages pour écouter, soutenir et accompagner d’autres parents confrontés à des situations similaires.

Les savoirs qui circulent entre parents dans nos espaces d’intervention sont pluriels, situés et complémentaires des approches institutionnelles ou professionnelles. Leur reconnaissance invite à développer des pratiques fondées sur l’horizontalité, la co-construction et la prise en compte des diversités parentales.

Reconnaître ces expériences, c’est aussi reconnaître la capacité des parents à être acteurs de leurs propres ressources et du soutien qu’ils peuvent apporter aux autres.

Dans le cadre d’un partenariat avec l’IRTS, l’Ecole des parents et des éducateurs de Lorraine a co-organisé la projection du documentaire « Et si on levait les yeux ? », réalisé par Gilles Vernet, instituteur.

Ce film propose une immersion dans le travail mené par l’enseignant et sa classe de CM2 autour de la place des écrans dans leur quotidien, sensibilisant aux risques de la surexposition.

À travers une démarche pédagogique, Gilles Vernet va échanger avec ses élèves, leurs parents et des spécialistes sur la place des écrans dans notre société. Les enfants sont amenés à questionner leurs usages, jusqu’à vivre une expérience de déconnexion en pleine nature pendant 10 jours, avec leur professeur.

Un temps d’échange pour partager les constats du terrain et nourrir la réflexion

À l’issue de la projection, un bord de plateau a été animé en présence du réalisateur et d’une psychologue de l’EPE Lorraine. Ce moment a permis d’apporter un éclairage professionnel sur les enjeux soulevés par le documentaire et de nourrir la réflexion collective avec les participants.

Cet événement a notamment mis en évidence plusieurs constats issus du terrain :

Des enjeux éducatifs, relationnels et de santé

Des échanges relevés lors des actions de sensibilisation menées par l’EPE ont souligné que lorsque les usages sont régulés, certains parents observent une amélioration de la qualité des liens avec leurs enfants.

Plus largement, la réflexion s’ouvre sur les conditions favorables au développement de l’enfant :

Réinterroger les pratiques éducatives : l’apport des expériences en extérieur

Le documentaire, ainsi que les échanges, ont également permis de faire le lien entre la prévention des effets des écrans et l’éducation en environnement réel.

Les approches pédagogiques favorisant les apprentissages en extérieur mettent en avant :

Ces expériences contribuent également à renforcer le sentiment de capacité d’agir chez les enfants, avec des effets positifs sur leur bien-être et leur santé mentale.

Un enjeu partagé pour les professionnels

Cette projection-débat a confirmé l’importance de croiser les regards afin d’interroger nos usages du numérique et accompagner leurs évolutions.

À travers ce type d’actions, l’EPE Lorraine poursuit son engagement aux côtés des professionnel·le·s pour soutenir les familles, favoriser le dialogue et promouvoir des pratiques éducatives adaptées aux enjeux contemporains.

Les Assises nationales du soutien à la parentalité ont été lancées le 19 février 2026 au sein des ministères sociaux, à l’initiative de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, et de Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance.

Ouvrant un cycle de concertation associant l’ensemble des acteurs du secteur, cette démarche s’inscrit dans la stratégie nationale 2025-2027 « Mon parcours de parent » et vise à faire évoluer la politique publique de soutien à la parentalité.

Clarifier et renforcer une politique publique au service des familles

Ces Assises poursuivent un objectif central : construire un cadre national plus lisible, cohérent et partagé, en lien étroit avec l’ensemble des acteurs concernés.

Elles répondent à un double enjeu :

La réflexion engagée vise ainsi à formuler des propositions opérationnelles et soutenables, adaptées aux réalités contemporaines des familles.

Une concertation nationale ancrée dans les réalités de terrain

La journée de lancement a réuni administrations, associations, professionnels, représentants du monde du travail et chercheurs autour de groupes de travail thématiques.

Les travaux porteront notamment sur :

La politique de soutien à la parentalité sera ainsi repensée en fonction des âges de l’enfant, avec une attention particulière portée à la préadolescence et à l’adolescence.

Les propositions issues de ces travaux seront remises en juin 2026 au ministère et au haut-commissariat à l’Enfance.

Le réseau des EPE mobilisé au niveau national

Acteur de référence du soutien à la parentalité, le réseau des Écoles des parents et des éducateurs (EPE) est associé à cette démarche nationale.

Le Pr Philippe Duverger, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, président de la fédération nationale des EPE, contribue aux travaux engagés. Son expertise clinique et sa connaissance fine des enjeux liés à l’enfance et à l’adolescence viennent éclairer les réflexions conduites au niveau national.

À travers cette participation, les EPE portent une approche globale du soutien à la parentalité, fondée sur l’écoute, l’accompagnement et la prise en compte des réalités vécues par les familles.

L’EPE Lorraine engagée dans la dynamique nationale

L’EPE Lorraine s’inscrit dans cette dynamique nationale en contribuant, aux côtés du réseau des EPE, aux travaux des Assises à travers la Fédération nationale.

Cette implication permet de faire remonter les réalités de terrain issues de ses actions menées auprès des parents, des jeunes et des professionnels sur le territoire lorrain.

Elle illustre le rôle des EPE comme acteurs à la fois opérationnels et ressources pour l’action publique, capables de faire le lien entre les besoins des familles et les orientations nationales.

Une contribution au service de politiques publiques plus ajustées

Pour l’EPE de Lorraine, cette démarche constitue une opportunité de renforcer la prise en compte des enjeux identifiés sur le terrain : diversité des situations familiales, besoins spécifiques des adolescents, impact du numérique ou encore articulation des temps de vie.

Elle s’inscrit dans une volonté constante de contribuer à des politiques publiques plus lisibles, plus accessibles et mieux adaptées aux réalités des familles.

Le 18 et 19 novembre 2025, l’EPE Lorraine et le collectif des Pièces Détachées vous présenteront la pièce de théâtre Markus et moi à Metz et Longwy.

Cet événement est gratuit et ouvert à tous sous réserve d’inscription préalable.

Interprétée par le collectif des Pièces Détachées, Markus et moi est une adaptation théâtrale francophone du récit norvégien.

Véritable célébration de la vie qui continue et de la mémoire, cette pièce de 45 minutes est une invitation à vivre ensemble dans un présent nourri par les échos du passé.

Sport, musique, famille, amitié, amour et sexualité… le récit nous plonge au cœur de l’adolescence, territoire de tous les bouleversements. Entre doutes et découvertes, chutes et élans, on explore avec sensibilité la difficulté de grandir, ce passage fragile et déterminant entre l’enfance et l’âge adulte.

Ce spectacle aborde, entre autres, les thématiques de la fraternité, du souvenir, mais aussi, de l’expression des émotions, de la santé mentale ou du suicide et ouvre de pistes pour aborder la dépression sans tabou, favoriser le dialogue autour de l’écoute, du suivi psychologique et des signaux d’alerte, reconnaître et valider la complexité des émotions adolescentes.

Joués en direct par un guitariste, la musique et les bruitages accompagnent le récit et permettent d’enrichir l’histoire, de créer un véritable décor auditif et des paysages sonores qui offrent une expérience unique aux spectateurs et leur donneront l’impression d’être transportés.

A l’issue de cette représentation, nous proposons un bord de plateau avec le metteur en scène, Delphine Deru-Courteaux, psychologue clinicienne de l’EPE lorraine et le Docteur Olivier Scarpa, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, afin d’aborder la question des fragilités psychologiques inhérentes à l’adolescence et l’importance de la prévention en ce qui les concerne. 

Ce temps d’échange avec le public permettra d’apporter un regard croisé sur l’adolescence, le mal-être et la prévention.

Metz :

📆 18 novembre 🕝 18h30 à 20h30

📍 Agora, 4 rue Théodore de Gargan 57050 Metz

🎟️ Inscription obligatoire (au 07.56.38.10.14)

Longwy :

📆 19 novembre 🕝 17h à 19h

📍Centre social Blanche Haye de Longwy !

🎟️ Inscription obligatoire (au 07.56.38.10.14)

Pour obtenir plus d’informations ou vous inscrire, n’hésitez pas à nous contacter :

📞: 07.56.38.10.14 (places limitées)

Pôle parentalité

Contactez-nous :
📞 : 03 87 69 04 36
📧 : sarah.hatuna@epe-lorraine.fr